Cohérence de l’énergie absorbée : comment une surface rugueuse organise la lumière en un motif

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Thème de recherche 05

Cohérence de l’énergie absorbée : comment une surface rugueuse organise la lumière en un motif

Les structures périodiques induites par laser ne sont pas dictées par le profil du faisceau, mais par l’interférence entre la lumière incidente et celle que la surface elle-même diffuse. Résoudre les équations de Maxwell sur une surface réelle et désordonnée rend cette affirmation quantitative, et montre quelle part du champ diffusé est responsable de quelle famille de structures.

Modélisation par différences finies dans le domaine temporel de l’absorption de la lumière sous des surfaces rugueuses. Avec Vladimir Yu. Fedorov, Anton Rudenko, Hao Zhang, Razvan Stoian et Stefan Witte.

Dépôt d'énergie sous une surface métallique rugueuse, calculé par FDTD
Le problème, en une image. Une impulsion ultrabrève polarisée selon x atteint une surface métallique portant une rugosité vierge ou induite par laser. Le plan sous la surface montre le dépôt d’énergie produit par les champs proche et lointain diffusés par des nanotrous répartis aléatoirement. La longueur d’onde est de 800 nm dans tous les cas. Géométrie de Rudenko et al., Nanophotonics 8, 459 (2019).

01Interférence, non résonance

Sous la surface, le champ total est la somme de l’onde réfractée et de l’onde diffusée par la rugosité. L’énergie absorbée est proportionnelle au module au carré de cette somme, et comme l’amplitude diffusée est faible devant l’amplitude incidente, c’est le terme croisé qui domine : la modulation est un terme d’interférence, linéaire dans le champ diffusé, et non une résonance. Voilà pourquoi un défaut nanométrique peut imprimer un motif micrométrique.

L’idée remonte à la théorie du facteur d’efficacité de Sipe et ses collaborateurs, qui avaient établi la forme asymptotique du champ diffusé à distance infinie par une région confinée de rugosité de surface, incluant à la fois une contribution de plasmon de surface et des résidus radiatifs. Résoudre numériquement les équations de Maxwell conserve cette structure tout en levant les hypothèses asymptotiques, si bien que la région de champ proche (où se joue l’essentiel de la physique sub-longueur d’onde) se trouve elle aussi décrite.

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Les deux équations du rotationnel, avancées sur une grille décalée. Le métal dispersif intervient à travers le champ de déplacement, une permittivité de Drude donnant n = 3,02 + 3,51i à 1,03 µm et une épaisseur de peau de 23 nm.

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Énergie absorbée par unité de surface, à partir du champ au carré intégré dans le temps et en profondeur. Les zones qui absorbent le plus sont celles qui seront ensuite extrudées : ce sont elles qui amorcent la croissance des structures périodiques.

L’énergie absorbée découle directement de l’historique du champ en chaque point de la grille : la puissance délivrée par unité de volume est le produit scalaire du champ et du courant, qui se réduit, pour un métal de Drude, à une expression ne faisant intervenir que les parties réelle et imaginaire de l’indice. L’intégration dans le temps et en profondeur donne la carte qui amorce le relief.

02Champ proche ou champ lointain ?

Le moyen le plus net de comprendre d’où viennent les périodes consiste à réduire la surface à un unique diffuseur sub-longueur d’onde et à résoudre sa réponse exactement. Deux ondes de surface quittent le défaut. Le plasmon-polariton de surface porte un vecteur d’onde fixé par la permittivité du métal et décroît exponentiellement. L’onde quasi-cylindrique, elle, est une superposition de composantes évanescentes sans vecteur d’onde fixe : elle varie essentiellement comme l’inverse de la distance près du défaut, et porte un déphasage d’un quart de période par rapport au plasmon.

Aucune des deux ne domine. Dans le premier micromètre autour du défaut, les deux ont une amplitude comparable, si bien que les maxima du champ diffusé total résultent du recouvrement de deux ondes déphasées, et l’espacement obtenu n’est ni la longueur d’onde du plasmon ni celle de la lumière. C’est précisément pour cela que la période des ripples basse fréquence se situe entre une demi-longueur d’onde et une longueur d’onde entière, et qu’elle dérive avec le nombre d’impulsions : tir après tir, la surface sélectionne l’onde stationnaire hybride que favorise son propre relief, en constante évolution.

Deux effets supplémentaires font ensuite baisser la période avant de la stabiliser. À mesure que les nanotrous se multiplient, le couplage dipolaire entre voisins se renforce et raccourcit l’espacement sélectionné. À mesure que le cratère se creuse, la courbure de ses bords modifie la condition aux limites et fixe une valeur de saturation. Ni l’un ni l’autre n’est contenu dans une théorie asymptotique de champ lointain : d’où l’intérêt de la solution numérique.

Décomposition du champ diffusé en contributions de plasmon de surface et d'onde quasi-cylindrique
Séparer les deux ondes de surface. Champ diffusé par un unique nanotrou hémisphérique sur une surface métallique : comparaison entre FDTD et solution analytique, et décomposition en plasmon-polariton de surface et onde quasi-cylindrique. En dessous, la distribution d’intensité autour du trou dans le plan de propagation. Rudenko et al., Nanophotonics 8, 459 (2019).
Énergie absorbée autour d'une bosse et d'un trou sur des surfaces de verre et de métal
Trou ou bosse, verre ou métal. Énergie absorbée dans le plan transverse pour une bosse de 20 nm et un trou de 20 nm, sur verre et sur métal. Rudenko et al., Appl. Surf. Sci. 470, 228 (2019).

La nature du défaut compte moins qu’on ne pourrait le croire, et cela de façon instructive. L’orientation du motif radiatif est la même pour un trou et pour une bosse ; ce qui change, c’est la distance entre le centre d’émission et les premiers maxima, parce que la charge s’accumule différemment à l’interface d’une protubérance et d’un creux, ce qui retarde différemment l’onde de surface diffusée. Sur le verre, le motif consiste en un ensemble d’ondes stationnaires sphériques espacées de la longueur d’onde dans le matériau et orientées perpendiculairement à la polarisation. Sur le métal, cette symétrie est brisée par la contribution plasmonique, qui ajoute des maxima espacés d’environ une longueur d’onde dans la direction parallèle au champ.

Ces cartes recèlent aussi un principe de symétrie : en superposant le motif d’un trou et celui d’une bosse de même taille, l’un est fort là où l’autre est faible. Les cartes d’énergie absorbée seules ne permettent cependant pas de séparer le plasmon de l’onde quasi-cylindrique : d’où la nécessité de la décomposition analytique présentée plus haut.

Distributions d'énergie absorbée et leurs transformées de Fourier pour des trous et des bosses sur verre et sur métal
Ce que disent les spectres. Énergie absorbée et transformées de Fourier pour des ensembles de trous et de bosses de 20 nm sur verre et sur métal. Les champs radiatifs répondent aux petits vecteurs d’onde, donnant sur le métal des motifs rectilignes perpendiculaires à la polarisation, tandis que la réponse non radiative s’étale sur des vecteurs d’onde plus grands et plus dispersés. Sur le verre, le caractère sphérique subsiste, avec une orientation dominante parallèle à la polarisation. Rudenko et al., Appl. Surf. Sci. 470, 228 (2019).

Sur une surface statistiquement rugueuse, les deux mêmes familles survivent à la moyenne d’ensemble, et se lisent directement dans le spectre de l’énergie absorbée. Les composantes proches ou en deçà du vecteur d’onde de la lumière proviennent de la partie radiative et propagative du champ diffusé, et donnent des périodes supérieures à la longueur d’onde dans le matériau. Les composantes s’étendant jusqu’à plusieurs fois ce vecteur d’onde proviennent de la partie évanescente, et donnent les structures les plus fines. Ces deux familles sont désignées dans la littérature par les termes de structures de type r et de type s.

La profondeur à laquelle la carte est calculée change ce que l’on observe, car les crêtes et les creux du relief n’absorbent pas de la même façon. Seule la distribution intégrée en profondeur porte les deux familles à la fois, un point à garder à l’esprit lorsqu’on compare une simulation à une topographie mesurée.

Coupe d'une surface rugueuse, énergie absorbée dans trois couches et spectres correspondants
Une surface, trois profondeurs. Le profil rugueux avec ses crêtes et ses creux, l’énergie absorbée à +70 nm, dans le plan de référence et à -70 nm, la carte intégrée en profondeur, et les spectres spatiaux correspondants. Les structures de type r et de type s n’apparaissent qu’une fois les couches sommées. Fedorov et Colombier, Phys. Rev. B 110, 115438 (2024).

Les plasmons-polaritons de surface ne sont pas un prérequis. Les ondes évanescentes quasi-cylindriques suffisent, et elles exigent des conditions de photoexcitation bien moins restrictives.

Un dernier argument, indépendant, referme cette section. Rendre aléatoire la phase spatiale du champ incident brise les ripples en domaines finis : l’ordre périodique en surface est, avant toute autre chose, une propriété de cohérence de la lumière.

03Une surface statistique plutôt que dessinée

Modéliser une bosse particulière n’apprend pas grand-chose sur un échantillon réel. La surface est donc décrite par une distribution de hauteur continue dont la fonction de corrélation ne porte que deux paramètres : la hauteur quadratique moyenne et la longueur de corrélation, toutes deux accessibles par profilométrie ou microscopie à force atomique.

La carte qui en résulte est de nature physique plutôt que numérique. Des inhomogénéités profondes et étroites empêchent la lumière d’atteindre le fond des creux, là où elle pourrait être diffusée dans la direction utile, et les signatures spectrales verrouillées sur la polarisation disparaissent. Des inhomogénéités larges et peu profondes donnent un dépôt de type tacheté, sans axe privilégié. C’est entre les deux que se situe la fenêtre où un motif bien orienté peut croître.

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Fonction de corrélation gaussienne de la hauteur de surface. Le cas de référence utilise σ = 50 nm et ξ = 100 nm, dix fois plus petit que la longueur d’onde : une surface bien polie, encore capable d’amorcer des structures haute fréquence.

Énergie absorbée sous des surfaces rugueuses pour différentes hauteurs quadratiques moyennes et longueurs de corrélation
Deux paramètres, une carte. Énergie absorbée intégrée pour des hauteurs quadratiques moyennes de 25 à 100 nm et des longueurs de corrélation de 50 à 200 nm. Fedorov et Colombier, Phys. Rev. B 110, 115438 (2024).

L’asymétrie compte plus que l’amplitude. Une surface dont la longueur de corrélation diffère selon les deux directions du plan (ce que produisent un polissage mécanique ou quelques impulsions préalables) biaise l’énergie absorbée d’une manière que les impulsions polarisées circulairement détectent avec une sensibilité remarquable. C’est aussi la raison pour laquelle un échantillon nominalement isotrope peut développer une orientation de ripples bien définie dès les tout premiers tirs.

04Rétroaction, angle et état de polarisation

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Champ incident avant rotation. L’ellipticité varie de 0 pour une polarisation linéaire à 1 pour une polarisation circulaire ; la faire varier à travers le faisceau, avec l’angle d’orientation, donne des faisceaux vectoriels radiaux, azimutaux ou arbitraires.

Une impulsion isolée n’est que le premier terme de l’histoire. Chaque impulsion réécrit la topographie sur laquelle la suivante viendra diffuser, et le motif qui survit est le point fixe de cette boucle. Inclure cette rétroaction d’une impulsion à l’autre reproduit la croissance, l’approfondissement et le verrouillage de phase observés dans les expériences d’imagerie tir par tir, et c’est elle qui transforme une réponse spectrale large en une période unique sélectionnée.

En incidence oblique, la composante du vecteur d’onde de la lumière incidente dans le plan de la surface ne s’annule plus, et la condition d’interférence fait intervenir l’angle entre celle-ci et le vecteur d’onde de la lumière diffusée. Pour les faisceaux polarisés s et les faisceaux mixtes à grand angle, les ripples ne s’orientent alors ni perpendiculairement ni parallèlement à la polarisation : une prédiction qu’une image en incidence normale ne peut tout simplement pas produire. La polarisation circulaire donne les morphologies triangulaires et en points fins rapportées expérimentalement, tandis que les structures haute fréquence conservent presque la même période quels que soient l’incidence et l’angle de polarisation, en cohérence avec leur origine évanescente.

Topographies simulées à différents angles d'incidence
Angle par angle. Topographies après sept impulsions pour les polarisations s et p, de 0 à 70 degrés d’incidence, avec leurs transformées de Fourier. Zhang, Colombier et Witte, Phys. Rev. B 101, 245430 (2020).
Topographies simulées pour des faisceaux polarisés radialement et azimutalement
Faisceaux vectoriels. Topographies pour des faisceaux polarisés radialement et azimutalement en incidence normale, structures basse fréquence à gauche de chaque paire et haute fréquence à droite, avec les vecteurs de champ local en rouge. Zhang, Colombier et Witte, Phys. Rev. B 101, 245430 (2020).

Un faisceau dont la polarisation est structurée dans l’espace écrit une surface structurée, car la règle locale reste inchangée et seule la condition aux limites varie. Il faut garder ce point à l’esprit pour la suite, car un faisceau dont la phase est structurée relève d’une tout autre logique : la règle locale n’en perçoit presque rien.

05Le même mécanisme au sein d’un diélectrique

Les nanoréseaux gravés dans le volume de la silice fondue et les ripples formés à sa surface partagent une périodicité sub-longueur d’onde, la même orientation par rapport à la polarisation, et la même origine : une exaltation locale du champ près de centres diffuseurs inhomogènes, la période étant fixée par la superposition cohérente des ondes diffusées. Cela explique aussi pourquoi les deux nécessitent une accumulation d’impulsions, l’excitation devant se construire au fil des tirs successifs avant que le motif ne se verrouille.

Carte de densité électronique FDTD, transformée de Fourier et image MEB de la silice fondue
Surface et volume, une seule origine. Densité électronique vue de dessus, issue d’une FDTD 3D couplée à l’équation de densité électronique dans la silice fondue, sa transformée de Fourier, et la surface mesurée après vingt impulsions. Rudenko et al., Sci. Rep. 7, 12306 (2017).

Dans le silicium photoexcité, le couplage fonctionne aussi dans l’autre sens. Une densité de porteurs libres d’environ 3 × 1021 cm-3, mesurée par ellipsométrie résolue en temps et corroborée par la théorie de la fonctionnelle de la densité dépendante du temps, modifie suffisamment les indices optiques pour réorganiser l’interférence elle-même. Il en résulte un dépôt périodique croisé, mêlant topographie et modification structurale, obtenu sans faire appel aux plasmons-polaritons de surface.

06Le moment angulaire orbital peut-il s’imprimer sur une surface ?

Un faisceau vortex porte un front d’onde hélicoïdal dont la phase s’enroule d’un nombre entier de tours autour de l’axe. L’intuition est naturelle : un faisceau vrillé devrait écrire une structure vrillée, et l’enjeu dépasse le traitement laser pour toucher à la détection chirale et à la chimie de surface énantiosélective.

Après une exploration systématique des charges topologiques, des états de polarisation et des surfaces prestructurées, la réponse est non. Le moment angulaire orbital laisse inchangée la distribution d’énergie absorbée sur une surface rugueuse, et n’induit pas de ripples chiraux.

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Phase imposée à la source : un front d’onde hélicoïdal de charge topologique ℓ, plus un terme conique décrivant la convergence avec un demi-angle δ.

Géométrie de la structure fractale en ensemble de Julia sur la surface métallique
Une surface avec sa propre chiralité. Le relief fractal utilisé pour conférer à la surface une chiralité intrinsèque, avec des coupes le long des deux axes.

Une surface déjà chirale pourrait-elle répondre au signe de la charge, comme le font certaines nanostructures chirales individuelles ? Plutôt que de mener une étude paramétrique sur des réseaux de nanoparticules, la surface plane a été remplacée par un relief fractal : un ensemble de Julia faisant saillie de 100 nm au-dessus du métal, dont la frontière autosimilaire fournit des éléments chiraux à toutes les échelles, de plusieurs longueurs d’onde jusqu’à des tailles sub-longueur d’onde. Une seule simulation balaie alors toute la gamme, et certaines de ces échelles doivent nécessairement entrer en résonance avec la lumière incidente.

Le verdict est sans ambiguïté. Mis à part le cœur sombre produit par la singularité de phase, l’énergie absorbée est identique avec et sans moment angulaire orbital. Les spectres contiennent certes davantage de composantes haute fréquence que sur une simple surface rugueuse, mais uniquement parce que le fractal offre des diffuseurs bien plus petits.

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L’application quadratique dont l’ensemble de Julia définit le relief. Son autosimilarité dispense de deviner quelle taille de motif répondrait.

Énergie absorbée et spectres sur la surface fractale, avec et sans moment angulaire orbital
Le test, et son verdict. Énergie absorbée et spectres pour une impulsion polarisée linéairement sans moment angulaire orbital et avec une charge topologique +1, sur la surface fractale. Fedorov et Colombier, Laser Photonics Rev. 2401540 (2025).

La raison découle de tout ce qui précède. L’absorption locale est gouvernée par la polarisation et par la géométrie de diffusion en champ proche, toutes deux à peu près indifférentes à la lente rampe de phase azimutale d’un faisceau vortex. La chiralité réside dans le front d’onde global, à une échelle bien plus grande que celle des motifs écrits, si bien que la rétroaction d’une impulsion à l’autre n’a rien de chiral à amplifier.

07Des spirales par interférence

La voie indirecte, elle, fonctionne. Superposer une impulsion vortex focalisée à une seconde impulsion de front d’onde plan produit une distribution d’intensité en spirale, dont le nombre de bras suit la charge topologique. Les ripples à l’intérieur de chaque bras restent gouvernés par la polarisation locale, si bien que les deux échelles de longueur sont découplées : l’interférence fixe l’arrangement chiral à grande échelle, la diffusion en champ proche fixe la période sub-longueur d’onde.

Distributions d'énergie absorbée en spirale
Chiralité imposée de l’extérieur. Énergie absorbée pour des impulsions polarisées linéairement avec une distribution d’intensité en spirale, pour des charges topologiques 1, 5 et 10. Fedorov et Colombier, Laser Photonics Rev. 2401540 (2025).

La limite doit être dite franchement : la spirale est un motif d’interférence, donc son échelle est fixée par les faisceaux et ne peut descendre en dessous de la longueur d’onde laser. Pour atteindre un effet chiral véritablement sub-longueur d’onde, l’énergie absorbée n’est pas la bonne observable. Les forces, elles, le sont.

08D’où vient l’action mécanique

En partant de la force de Lorentz sur une distribution de charges liées, avec une densité de polarisation et un courant qui en dérive, la force par unité de volume dans un milieu linéaire se scinde en deux termes. Un seul d’entre eux peut laisser une signature durable.

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Force optique par unité de volume. Le premier terme, proportionnel au gradient du champ, repousse la matière hors des régions de forte intensité et agit parallèlement à la surface. Le second est dirigé selon le vecteur de Poynting, vers l’intérieur du matériau.

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Force accumulée, la grandeur qui continue d’agir sur le liquide transitoire une fois l’impulsion passée. C’est elle qui doit être non nulle, et tourbillonnaire, pour qu’un faisceau puisse vriller une surface.

Puisque les champs électrique et magnétique oscillent à la même fréquence, la dérivée temporelle déphase l’un des deux d’un quart de période, ce qui fait du second terme une fonction impaire du temps dont l’intégrale s’annule. Ce qui survit à l’impulsion tient entièrement au terme de gradient, et il agit dans le plan de la surface, là où il peut déplacer le liquide transitoire.

09Un faisceau vortex peut-il vriller la matière ?

Comparer les configurations tranche la question. Avec une polarisation linéaire, les vecteurs de force restent alignés sur la polarisation tandis que leur distribution tourne avec le front d’onde hélicoïdal, et cette rotation se moyenne à zéro sur la durée de l’impulsion. Avec une polarisation circulaire et une charge de même sens, la distribution tourne également, mais il lui manque les composantes dirigées vers le centre du faisceau, si bien que le résidu est radial. Avec une charge de sens opposé, la composante de torsion oscille dans le temps et laisse là encore un résidu purement radial.

Distribution animée de la force optique pour une impulsion vortex polarisée circulairement
Polarisation circulaire, charge +1. Le champ de force tourne avec la polarisation, mais les composantes pointant vers le centre du faisceau font défaut, si bien que ce qui s’accumule est radial plutôt qu’azimutal. Film S3b.
Force optique pour une impulsion vortex polarisée linéairement
Polarisation linéaire, charge +1. Film S3a.
Force optique pour une impulsion vortex polarisée circulairement avec charge de sens opposé
Polarisation circulaire, charge -1. Film S3c.

10La configuration qui fonctionne

Force optique animée pour une impulsion Laguerre-Gauss focalisée et polarisée circulairement
Focalisée, circulaire, Laguerre-Gauss. Les distributions de force instantanées forment une spirale tournant avec la polarisation, et leur accumulation laisse une véritable force de torsion. Film S5b, Fedorov et Colombier, Laser Photonics Rev. 2401540 (2025).

La focalisation change la donne. Une impulsion polarisée circulairement et fortement focalisée, avec ou sans moment angulaire orbital, laisse un champ de force total dont les vecteurs s’organisent le long d’une spirale : la vorticité des distributions instantanées ne s’annule plus, elle s’accumule. La chiralité qui atteint la surface provient donc du spin de la lumière et de la géométrie de focalisation, non du moment angulaire orbital pris isolément.

Ce résultat est cohérent avec les réseaux de nanopiliers tournant dans un sens ou dans l’autre, rapportés pour les polarisations circulaires gauche et droite sur l’oxyde de zinc, et il indique la configuration à utiliser lorsque l’objectif est d’appliquer un couple à la couche fondue plutôt que de simplement la chauffer.

11Ce que cela ouvre

La même boîte à outils s’étend à la propagation à l’intérieur de solides transparents, où le faisceau n’est plus imposé de l’extérieur mais remodelé par le matériau : des faisceaux non diffractifs elliptiques conservent une section transverse conçue sur mesure sur de longues distances dans la silice fondue en volume, tandis que la réponse Kerr et les porteurs libres générés les déforment : le régime pertinent pour l’écriture de guides d’ondes et de nanoréseaux en volume.

Pris ensemble, ces résultats dessinent une carte utilisable. L’énergie absorbée est gouvernée par la polarisation et par la statistique de la surface, à travers une interférence entre la lumière incidente et deux ondes de surface de poids comparable. La chiralité, elle, reste accessible, mais par l’interférence à grande échelle et par le couple optique à petite échelle. Cette distinction est ce qui rend l’espace de conception opérationnel, pour la conception de surfaces biomimétiques, la détection chirale et la chimie de surface énantiospécifique.

Key publications

  1. Chiral patterning of rough surfaces with vortex laser beams: from structured polarization to twisted forcesV. Yu. Fedorov, J.-P. Colombier, Laser & Photonics Reviews 2401540 (2025). doi.org/10.1002/lpor.202401540
  2. Light-matter interaction at rough surfaces: a morphological perspective on laser-induced periodic surface structuresV. Yu. Fedorov, J.-P. Colombier, Physical Review B 110, 115438 (2024). doi.org/10.1103/PhysRevB.110.115438
  3. Nonlinear propagation of ultrafast elliptical non-diffractive beams in bulk fused silica glassV. Fedorov, R. Dwivedi, C. D’Amico, J.-P. Colombier, R. Stoian, Applied Physics Letters 128, 011102 (2026). doi.org/10.1063/5.0292688
  4. Laser-induced periodic surface structures: arbitrary angles of incidence and polarization statesH. Zhang, J.-P. Colombier, S. Witte, Physical Review B 101, 245430 (2020). doi.org/10.1103/PhysRevB.101.245430
  5. Mixing periodic topographies and structural patterns on silicon surfaces mediated by ultrafast photoexcited charge carriersJ.-P. Colombier, A. Rudenko, E. Silaeva, H. Zhang, X. Sedao, E. Bévillon, S. Reynaud, C. Maurice, F. Pigeon, F. Garrelie, R. Stoian, Physical Review Research 2, 043080 (2020). doi.org/10.1103/PhysRevResearch.2.043080
  6. Self-organization of surfaces on the nanoscale by topography-mediated selection of quasi-cylindrical and plasmonic wavesA. Rudenko, C. Mauclair, F. Garrelie, R. Stoian, J.-P. Colombier, Nanophotonics 8, 459 (2019). doi.org/10.1515/nanoph-2018-0206
  7. Light absorption by surface nanoholes and nanobumpsA. Rudenko, C. Mauclair, F. Garrelie, R. Stoian, J.-P. Colombier, Applied Surface Science 470, 228 (2019). doi.org/10.1016/j.apsusc.2018.11.111
  8. Spontaneous periodic ordering on the surface and in the bulk of dielectrics irradiated by ultrafast laser: a shared electromagnetic originA. Rudenko, J.-P. Colombier, S. Höhm, A. Rosenfeld, J. Krüger, J. Bonse, T. E. Itina, Scientific Reports 7, 12306 (2017). doi.org/10.1038/s41598-017-12502-4
  9. Coherence in ultrafast laser-induced periodic surface structuresH. Zhang, J.-P. Colombier, C. Li, N. Faure, G. Cheng, R. Stoian, Physical Review B 92, 174109 (2015). doi.org/10.1103/PhysRevB.92.174109
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